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Entretien avec Alain de Benoist. « Finalement, la volte-face d’Aléxis Tsípras s’explique très bien »

8 Août

Voici une excellente analyse d’Alain de Benoist (publiée sur le site Metamag –http://metamag.fr-) sur la crise grecque et que nous vous conseillons de lire. Vous y retrouverez l’essentiel de ce que nous vous avons exposé à de nombreuses reprises depuis le début de cette affaire.

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« Finalement, la volte-face d’Aléxis Tsípras s’explique très bien »

le 01/08/2015

On ne comprend plus grand-chose à ce qui se passe en Grèce. Grâce ou à cause d’Aléxis Tsípras, les Grecs ont massivement voté « non » aux diktats lors du référendum du 5 juillet, mais deux jours plus tard le même Tsípras acceptait de se soumettre à des mesures encore plus coercitives…

Le 5 juillet, les Grecs ont dit non, massivement non, à la politique d’austérité imposée par l’Union européenne. C’est la première fois qu’un peuple était appelé à se prononcer sur la sauce à laquelle on prétendait le manger. Plus précisément, c’est la première fois qu’un peuple se voyait donner la possibilité de se prononcer politiquement sur une doctrine économique, en l’occurrence la dogmatique de l’orthodoxie néolibérale imposée par les prêteurs usuriers de l’oligarchie mondiale. Ce n’est pas rien. Et cela restera une date historique, quoi qu’il se soit passé par la suite. Exactement comme le « non » français du 29 mai 2005, qui fut lui aussi bafoué.

La volte-face d’Aléxis Tsípras a surpris tout le monde, mais s’explique finalement très bien. Tsípras ne voulait pas quitter la zone euro, et les Grecs ne le voulaient pas non plus. Or, le maintien dans la zone euro impliquait l’austérité. Vouloir conserver l’euro sans avoir l’austérité, c’est vouloir un cercle carré. Face aux exigences toujours plus dures de l’Eurogroupe et de la Troïka, Aléxis Tsípras n’avait le choix qu’entre renverser la table ou passer dessous. N’ayant pas voulu la renverser, il a suffi de le menacer d’une expulsion de son pays de la zone euro pour l’amener à capituler.

Une monnaie unique n’est viable qu’entre des pays de structure et de niveau économique comparables, ou bien alors comme monnaie d’une Europe politiquement unifiée, aujourd’hui inexistante, avec ce que cela implique de transferts financiers entre les pays les plus riches et les plus pauvres. La Grèce n’aurait jamais dû rentrer dans l’euro, car son économie ne peut pas fonctionner avec une monnaie qui n’est qu’un mark étendu.

Et maintenant, que va-t-il se passer ?
On repart pour un tour. Plutôt que de restructurer la dette grecque, ce qui aurait impliqué des pertes pour les banquiers ayant investi dans cette dette, on va continuer à accorder de nouveaux prêts à une entité en faillite, avec en contrepartie des exigences d’une ampleur jamais vue, qui ne pourront être satisfaites qu’au prix d’un nouvel appauvrissement, d’une nouvelle baisse des rentrées fiscales, d’une déflation qui alourdira le poids de la dette, sans aucune possibilité de redressement de la situation ni possibilité de procéder aux réformes de structure nécessaires.

Les perroquets qui répètent des propos de bistrot peuvent bien dauber sur la « fainéantise » des Grecs et la « gabegie des fonctionnaires ». Ils feraient mieux de consulter les chiffres de l’OCDE. En 2014, les Grecs ont travaillé en moyenne 2.042 heures, soit plus que les Français (1.489 heures) et les Allemands (1.371 heures). En 2011, les fonctionnaires représentaient en Grèce 8 % de l’emploi, contre 11 % en Allemagne. En réalité, Joseph Stiglitz et Paul Krugman, tous deux prix Nobel d’économie, l’ont dit avec netteté, et l’ancien ministre Yánis Varoufákis n’a lui aussi cessé de le rappeler, l’économie grecque s’est effondrée, non pas en dépit, mais à cause des mesures d’austérité qu’on lui a imposées. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on se retrouvera dans quelque temps exactement dans la même situation qu’auparavant. Le FMI prévoit déjà que le taux d’endettement atteindra d’ici deux ans 200 % du PIB. D’ici là, une crise politique est plus que probable. Comme disait le regretté Philippe Muray, « le réel est reporté à une date ultérieure ».

Mais en plaçant la Grèce sous tutelle politique, administrative et financière, au moyen d’un véritable coup d’État de fait, l’Union européenne a également révélé son véritable visage. La « Déclaration » adoptée à Bruxelles le 12 juillet est à cet égard sans équivoque : « Le gouvernement [grec] doit consulter les institutions [européennes] et convenir avec elles de tout projet législatif dans les domaines concernés avant de le soumettre à la consultation publique ou au Parlement. » On savait déjà, grâce au « théorème de Juncker » (« Il ne peut pas y avoir de choix démocratiques contre les traités européens »), que l’idéologie dominante repose sur ce principe simple que les contraintes économiques et sociales édictées par l’oligarchie ne peuvent en aucun cas être modifiée par des résultats électoraux. On voit maintenant, les résultats du référendum ayant été transformés en leur exact contraire par une sorte de diktat de Versailles à l’envers (« La Grèce paiera ! »), que l’aboutissement logique de l’orthodoxie néolibérale est bien de faire disparaître toutes les souverainetés politiques au profit d’une coalition de puissances privées et de transformer les nations européennes en autant de colonies ou de protectorats soumis à la « politique de la canonnière » des firmes multinationales et des marchés financiers.

Dans le « dénouement » de cette affaire, quel a été le rôle joué par Barack Obama ? Dans quelle mesure la Grèce peut-elle figurer sur l’agenda de la Maison-Blanche ?
Obama est un pragmatique : l’accord qu’il vient de négocier avec l’Iran en est la preuve, tout comme sa décision de mettre fin au blocus contre Cuba. Tout comme les dirigeants de l’Union européenne, plus qu’une contagion financière de la crise grecque, c’est une contagion politique et idéologique qu’il redoute. Il sait enfin que la Grèce est un pays clé de l’OTAN, et il veut l’empêcher de se tourner vers Moscou. Le cas échéant, si la situation continue à se détériorer, les États-Unis n’hésiteront pas à susciter un coup d’État militaire. Le parakratos, l’« État souterrain » mis en place à l’époque de la guerre froide par les services américains, ce « para-État » qu’on avait vu se mobiliser au moment de la triste dictature des colonels, est loin d’avoir disparu.

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

Billet d’humeur de Pierre Jeanthon: César est mort, vive le Roi.

8 Fév

À Dieu tous les pouvoirs ; à César les pouvoirs régaliens par lesquels il a le devoir d’assurer un environnement favorable à l’épanouissement des activités sociales, économiques et culturelles de la Cité terrestre.

Conséquence de la Révolution, le César des temps nouveaux existe en deux versions.

La caractéristique du César de gauche est la constance avec laquelle il poursuit son objectif, créer un homme nouveau. Sa première décision fut de dénouer le lien entre le Ciel et la terre ; une fois ses sujets libérés de leurs devoirs envers le Créateur et des liens envers un passé archaïque, il leur accorda le droit de déterminer ce qui est bien et mal, beau et laid et de transposer leurs décisions en lois.

Puis au fil du temps, insidieusement, il les conforta dans l’idée qu’il était insupportable de rester enchaînés par les lois naturelles alors que les progrès d’une science désormais sans conscience pouvaient les affranchir…hommes nouveaux et maîtres de la vie.

Il est plus difficile de cerner le César de droite. En règle générale il se reconnait dépositaire de la Tradition héritée de l’Histoire et sait qu’il doit en conserver l’esprit pour gouverner et l’enrichir pour la transmettre. À quelques modernes exceptions près il reconnait le lien entre le Ciel et la terre. Le drame est qu’une fois revenu au pouvoir il ne répare jamais les avaries causées par les Césars de gauche qui l’ont précédé à la tête de l’État.

La vigilance est de mise car il peut arriver qu’un César de droite, après avoir tapoté le cul des vaches et s’être posé en défenseur des traditions du terroir, n’hésite pas à affirmer « qu’il n’existe pas de loi morale supérieure à celles de la République ».

En économie, de la Révolution industrielle à la fin du siècle dernier les choses étaient simples : au César de gauche, socialo-communiste, s’opposait celui de droite, libéral et capitaliste.

À partir des années 1990 sous l’impulsion du formidable développement des machines à commande numérique, des moyens de communication, de nombreuses productions ont facilement émigré depuis les vieilles nations industrialisées vers les pays émergents.

Pour ces derniers il s’agissait de sortir de la pauvreté et pour les premières d’acquérir à moindre coût les produits agricoles, les biens manufacturés et les services propres à satisfaire la boulimie de consommation de leurs populations.

Les Césars antiques avaient compris que l’abondance de pain et de cirque préservait leur pouvoir.

Mus par les mêmes intérêts, les Césars modernes, de gauche comme de droite ont laissé faire les choses en se ralliant au dogme du libre-échange, en faisant allégeance à la déesse « croissance », nouvelle trinité vénérée au nom de la production, de la consommation et de l’innovation.

Le résultat est sous nos yeux : marché mondial, production en masse de biens universels, uniformisés et toujours nouveaux ainsi que l’exige le progrès porté par l’innovation et destinés à des consommateurs universels, uniformisés après avoir été « libérés » de leurs vieilles coutumes culturelles et de leurs croyances religieuses.

Ainsi est apparu l’homme nouveau, producteur consommateur sans racine ni passé et infiniment mobile dans le monde nouveau cher au César de gauche.

Ainsi se sont constitués, dans l’agriculture comme dans l’industrie et les services, les groupes multinationaux chers au César de droite.

Cette nouvelle organisation mondiale initiée depuis les pays développés avec la passivité complice des Césars a propulsé l’économie au centre de la politique avec pour effet collatéral sur la société la promotion du matérialisme au détriment de la vie intérieure et de la qualité des rapports sociaux.

Dans le domaine économique :

  • Conséquence de la mondialisation des échanges, la fragmentation des processus de fabrication entraine une perte d’identité des produits industriels nationaux au profit du « made in the world ». Une publication récente de l’OMC et de l’OCDE cite les exemples suivants :

    • Les principaux sous-ensembles du Boeing B 787 « made in USA » proviennent d’une douzaine de fournisseurs répartis entre Corée du Sud, Japon, Italie, France, Angleterre, Suède, Canada, Australie…et États-Unis

    • Les éléments de la « V40 cross country » de Volvo Cars « made in Sweden » sont fabriqués chez une vingtaine d’équipementiers installés en Norvège, France, Allemagne, Japon, États-Unis, Canada, Argentine, Pays-Bas, Brésil…et en Suède

    • La moitié des composants de l’IPhone 5 d’Apple « made in USA » sont fabriqués au Japon, les autres entre Corée du Sud…et États-Unis, le tout étant assemblé en Chine.

Quel pouvoir reste-t-il aux Césars quand la disparition des étiquettes préfigure celle des nations ?

  • La diplomatie commerciale a pris le pas sur les Affaires de politique étrangère ; l’essentiel n’est pas de s’inquiéter de la provenance des importations et de la destination des exportations mais d’acheter à bon prix et de vendre à tout prix : de sorte qu’au gré des concessions propres à toute négociation commerciale, le César de droite laisse plus ou moins de côté ce qui le différencie de celui de gauche, religion, loi naturelle, tradition…

Socialement, on sait, qu’à côté d’une pauvreté bien réelle, dans tous les pays industrialisés ou en passe de le devenir, s’est développée une classe moyenne urbaine suffisamment aisée pour accéder à un confort matériel de haut niveau ; l’expérience montre que, quel que soit le pays considéré, cette évolution engendre un fort individualisme et sa conséquence : l’opposition entre les partisans des lois qui limitent les désirs individuels au nom du bien commun et ceux qui les privilégient au nom du droit à vivre leur vie.

Ce qui ne dérange pas le César de gauche, par essence favorable à tout ce qui atomise la société. La position du César de droite est plus délicate ; pour tenter de séduire l’électorat adverse en donnant l’image d’un homme « branché » il est toujours prêt à quelques concessions envers le relativisme ambiant, le culturellement correct et la pensée unique.

Ainsi de complicités en concessions, il s’est progressivement dépouillé de son identité au point qu’il lui est difficile de se définir par rapport à son « Kamarade » de gauche.

Depuis 1792 il est le « faire valoir » grâce auquel les fils de Robespierre et de Saint Just n’ont jamais cessé de durcir leur stratégie pour « faire table rase du passé » et éteindre « les lumières du Ciel » parfois malheureusement mal entretenues par l’Église… 1892, 1905, 1926, 1962…2013 ? Ce n’est pas vraiment de sa faute, tout simplement il n’y a pas de place pour lui dans un régime où « il n’y a pas de liberté pour les ennemis de la liberté », y compris celle de faire n’importe quoi.

Le César de droite est une espèce en voie de disparition, non par manque d’hommes de conviction, mais parce que le monde nouveau n’a plus besoin de lui.

Le résultat est que les millions d’hommes et de femmes qui ne se reconnaissent pas dans l’homme nouveau fabriqué par les Césars de gauche sont condamnés à une sorte d’exil dans une France amputée de son âme pour être incorporée dans le monde nouveau.

Plus ou moins consciemment ces hommes et ces femmes ressentent le besoin du chef qui renouera les liens qui, depuis la nuit des temps, permettent à la nature humaine de se tenir debout et d’avancer ; le lien vertical tendu entre le sol de la patrie et celui, horizontal, qui accroche l’avenir à l’Histoire.

Ce chef n’a qu’un seul nom ; celui de roi.

Royalistes, jamais comme à l’heure présente la Providence nous a ouvert la porte d’un immense chantier : réveiller les consciences et dénouer les liens qui emprisonnent les Français dans le matérialisme et la France dans le monde nouveau.

Courte phrase qui cache une tache énorme ; soyez assurés qu’il y a là du travail pour tous.

César est mort, vive le Roi !

Le 8 février 2013.

P. Jeanthon, membre du CER

 

BULLETIN CLIMATIQUE QUOTIDIEN (23 janvier 2013)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.

23 Jan

*  « La caricature du corporatisme », qu’ils devraient dire :

Il paraît que depuis trente ans, tout le monde ou presque s’accorde sur le diagnostic. Enseignants, chercheurs, Académie de médecine, chronobiologistes, parents, parlementaires et ministres successifs l’ont répété : nous avons l’organisation du temps scolaire, particulièrement à l’école, la plus absurde et contre-productive qui soit.

La journée de six heures d’enseignement – la plus longue des pays de l’OCDE – est unanimement jugée trop lourde pour tenir compte du temps d’attention des enfants. La semaine de quatre jours, instaurée en 2008 (pour complaire aux possesseurs de résidences secondaires !)  est jugée à la fois trop compacte et trop hachée. Quant à l’année scolaire, la France détient le record mondial de brièveté : 144 jours de classe (contre 180 à 200 dans tous les pays comparables) et, en prime, un déficit de temps de travail des élèves de l’ordre de 20%.

Les enseignants, particulièrement impliqués dans ces choix organisationnels et champions du « yakafokon », ont promu avec l’énergie dont ils sont parfois encore capables…la gauche au pouvoir ! Or, depuis le jour de son entrée en fonctions, le ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon (plus gauchiste, tu meurs !), a engagé une longue concertation sur le sujet avec tous les acteurs concernés en vue de rétablir la semaine de quatre jours et demi et de réduire la journée de classe d’une demi-heure. Sans toucher, bien sûr à la durée de l’année scolaire qui est encore un sujet tabou…même chez les gens de gauche.

Et que croyez-vous qu’il se passe, devant cette considérable révolution ? Une grève massive, des enseignants des écoles parisiennes, hier mardi, et une journée nationale d’action de leurs syndicats aujourd’hui.

Et tout cela pourquoi ? Simplement parce que lesdits enseignants craignent de perdre un privilège accordée par Louis-Philippe Ier, roi des Français : ne pas enseigner la musique, les arts plastiques et l’éducation physique, pris en charge, à Paris, par des enseignants « municipaux » ! S’y ajoute l’insupportable demande de travailler une demi-journée de plus…sans augmentation de salaire. Et que font-ils, en plus de la grève ? Il s’acoquinent avec des associations de parents d’élèves, de gauche aussi bien sûr.

Quand on sait l’état de délabrement de l’instruction publique en France, attesté par les enquêtes internationales les plus récentes (dont nous avons ici même rapporté les résultats), on a honte pour eux. Mais on tremble surtout pour nos enfants.

Le titre de l’éditorial du journal Le Monde, daté d’aujourd’hui, ose :  » L’école, ou le triomphe du corporatisme « . En vérité ce n’est pas d’un triomphe dont il s’agit mais d’une caricature.

*  La Cour des comptes et les chômeurs :

Nous avons écrit a plusieurs reprises que le chômage serait « la tombe » politique de François Hollande. Hier mardi, la Cour des Comptes, jugeant « inadaptées » les politiques du marché du travail, a pointé le seul problème de l’indemnisation des chômeurs. Mais, comme on pouvait s’y attendre, il est de taille.

« La France a abordé la crise avec des instruments de politique de l’emploi parfois obsolètes » et malgré des réformes, le dispositif « reste largement inadapté à un contexte de chômage durablement élevé« , souligne-t-elle dans un rapport de 170 pages sur les « politiques du marché du travail« .

Les faiblesses, déjà connues, sont relevées avec sévérité: effort « particulièrement insuffisant » pour former les chômeurs, « résultats médiocres » des contrats aidés (emplois temporaires subventionnés), chômage partiel sous-utilisé, etc.

La Cour s’inquiète en particulier de l’avenir de l’assurance chômage, dont le financement apparaît « difficilement soutenable« , avec un déficit cumulé prévu de 18,6 milliards en fin d’année.

Plus « protecteur » et généreux qu’ailleurs en Europe, ce régime que les partenaires sociaux doivent renégocier en 2013 « a bien joué son rôle de maintien du revenu » mais « voit désormais son efficacité se dégrader, son équité se fragiliser« , selon le rapport. Et une nouvelle fois la Cour épingle l’indemnisation des intermittents du spectacle (un milliard de déficit « au profit de 3% seulement des demandeurs d’emploi »).

Elle propose aussi d’abaisser les indemnités des plus hauts niveaux (oubliant que ceux-ci sont non seulement les moins nombreux mais que ce sont aussi ceux qui cotisent le plus à l’assurance chômage) et de revoir « l’indemnisation en activité réduite« , en pointant le « risque » que l’assurance-chômage finance « un revenu de complément durable à des salariés en activité précaire« .

Présenté quelques jours après l’accord sur la réforme du marché du travail, qui doit être transposé dans une loi, le rapport de l’institution émet 25 recommandations pour réorienter les politiques en faveur de l’emploi (50 milliards d’euros en 2010) vers « les salariés les plus fragiles, peu formés ou en emploi précaire ».

Si l’activité a mieux résisté en France, le chômage y a plus augmenté à partir de 2009 car les entreprises ont préféré réduire les effectifs (CDD et intérimaires d’abord) que le temps travaillé (ajustements travail-salaires, chômage partiel), au contraire de l’Allemagne, note la Cour. Les plus précaires ont donc été les plus « affectés ».

En période « de chômage élevé et de ressources budgétaires rares« , la seule possibilité est de « mieux cibler les instruments disponibles sur les demandeurs d’emploi qui en ont le plus besoin« , a résumé mardi le premier président Didier Migaud.

La Cour déplore le « ciblage défaillant« , les « durées trop courtes » et l’ « accompagnement insuffisant » des contrats aidés dans le secteur non-marchand et préconise de « revoir l’équilibre » au bénéfice du secteur marchand.

De façon générale, le système « n’est pas en mesure d’orienter efficacement les dispositifs vers les publics identifiés comme prioritaires » et d’éviter les « effets d’aubaine« . Nous voici typiquement dans une situation « à la française ».

Bref, le coût de  ce drame social est élevé, ce dont personne ne doutait. Mais le pire aujourd’hui réside dans l’absence de perspectives favorables à court terme, avec son cortège de misère et de désespoir pour ceux qui en sont victimes, autant que dans la ruine de notre pays qui en découle. Faire le constat de notre faillite programmée au moment même où le secteur bancaire étale des profits scandaleux, fruits d’une authentique extorsion de fonds, est une incitation à la révolte. Les pouvoirs publics feraient bien d’en prendre la mesure avant que tout n’explose.

*  Et si nous récoltions ce que nous avons semé ?

La France n’est manifestement pas à l’abri de toute critique dans l’effondrement observé de l’Etat malien. Dès les années 1980 elle s’est engagé aux côtés de ceux qui faisaient la promotion de programmes d’ajustement structurel d’inspiration néolibérale qui ont détruit l’école et la santé publiques et ont ainsi ouvert une voie royale aux institutions islamiques de substitution, comme on l’a vu en Tunisie et en Egypte par exemple.

Elle a accompagné la libéralisation de la filière coton voulue par la Banque mondiale, qui a accéléré l’exode rural et l’émigration. Elle a également contribué à l’affaiblissement de l’autorité du président Amadou Toumani Touré en exigeant de lui la signature d’un accord de réadmission des migrants clandestins, certes indispensable pour nous mais politiquement inacceptable aux yeux de son opinion publique.

Enfin les hésitations dans l’aide aux Forces armées maliennes déliquescentes au nord du Mali a paradoxalement conféré à Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), érigé en ennemi principal de la France à l’extrémité d’un « arc de crise » supposé s’étendre du Pakistan à la Mauritanie, des lettres de noblesse anti-impérialistes qui ont facilité son recrutement de combattants. Elle a aussi gonflé le flot des déplacés et des réfugiés en aggravant la pauvreté des populations sahariennes.

Le coup de grâce est venu en 2011 : la guerre de Libye a conduit les Touareg maliens enrôlés dans les rangs du colonel Kadhafi à rentrer au pays avec plus d’armes que de bagages. Mais il est vrai que Bernard-Henri Lévy assurait à l’époque les fonctions souterraines de ministre des Affaires étrangères et de la guerre réunies !  En outre, la guerre de Libye a désorganisé les intérêts économiques des réseaux d’affaires du colonel Kadhafi dont les investissements  conséquents contribuaient à la stabilisation du Sahel.

On connaît la suite : la proclamation de l’indépendance de l’Azawad une fois que fut consommée la déroute de l’armée malienne – supposée être un fleuron de la coopération militaire française, soit dit en passant – et l’OPA hostile des djihadistes sur le nord du Mali.

Mais à tout cela il faut ajouter des efforts largement insuffisants (mais que peut-on faire dans la solitude ?) de lutte contre les narco-trafiquants qui pullulent en Afrique de l’ouest et disposent de ressources financières auprès desquelles notre budget militaire fait pâle figure. Le résultat risque d’être assez semblable à ce que l’on connait en Amérique latine: le déchaînement d’une violence paramilitaire à laquelle seront parties prenantes les grandes organisations criminelles latino-américaines, italiennes et espagnoles, de pair avec différents mouvements armés locaux. On peut d’ailleurs déjà l’observer en Guinée-Bissau et dans d’autres pays de la région qui s’impliquent de plus en plus dans ces trafics mais aussi le financement des mouvements jihadistes qui règnent désormais sur le Sahel.

Nous ne sommes certainement pas sortis de l’auberge…Et s’il faut  » mettre le paquet « , ce qui ne fait aucun doute, qui nous aidera ? Car, ne l’oublions pas, tout ceci se déroule à nos portes et la prochaine escale sera l’Europe.

*  Mais « la France ne peut pas périr, car le Christ aime encore les Francs ! » (Henri comte de Chambord) :

VOLTAIRE ET LE DUC D’UZES
Correspondance de 1751 à 1760

Jacques de Crussol, Duc d’Uzès

Exégèse: Philippe Lamarque

      La noblesse est l’un des témoins majeurs de l’histoire de notre pays. Les documents réunis et conservés par les Maisons nobles au fil du temps, constituent une source inestimable pour notre mémoire collective. Quelle ne fut pas ma surprise, le jour où je découvris, sur un rayon de la bibliothèque, la correspondance tenue entre 1751 et 1760 entre Charles Emmanuel de Crussol, Duc d’Uzès, Premier Pair de France, Prince de Soyons et François-Marie Arouet, dit Voltaire. Deux esprits bien différents, mais dont les étincelles produites par la friction de leurs intelligences, nous apparaissent bien dans le Temps des Lumières. Notre chartrier conserve de nombreux trésors sur presqu’un millénaire, mais ce livre occupe pour moi une place toute particulière. Il est à l’image d’un duel entre gentilshommes où les mots ont remplacés les épées mouchetées. Il reflète une époque qui frappe l’imaginaire et qui marque l’apogée de la France et du français. Un temps où l’on avait des usages, où l’on savait vivre et s’amuser. Les éditions du Gui avec ce beau projet, me permettent de rendre hommage à mon aïeul, et aussi de dévoiler un peu d’Uzès, le plus ancien Duché de France.

Jacques de Crussol, Duc d’Uzès     

   Les Armes de la Maison d'Uzès

Armoiries de Crussol d’Uzès: Ecartelé au premier et quatrième quartier, parti fascé d’or et de sinople à six pièces qui est Crussol et d’or à trois chevrons de sable qui est Levis, au deuxième et troisième quartier contre-écartelé d’azur à trois étoiles d’or rangées en pal qui est Gourdon et d’or à trois bandes de gueules qui est Genouillac; sur le tout en abîme de gueule à trois bandes d’or qui est Uzès.


Entre 1751 et 1760, Voltaire et le Duc d’Uzès tiennent correspondance et s’échangent sept lettres. La philosophie, les mœurs, la vie sociale du XVIIIe s. y sont décrites et narrées avec l’esprit et le style propres à ce siècle.
Origine de cette correspondance :

Dans les ouvrages traitant de Voltaire, nous pouvons y lire cinq lettres de l’auteur, adressées au Duc d’Uzès, dont deux restent absentes, mais dont aucune du Duc d’Uzès à Voltaire n’est connue. Or Charles Emmanuel de Crussol, Duc d’Uzès, était doté d’un esprit brillant et éclairé. Il prît la précaution de copier l’ensemble de cette correspondance de plus de 86 pages manuscrites, dans un livre toujours conservé dans la bibliothèque du Duché. Les lettres du Duc d’Uzès apportent un nouveau regard et une meilleure compréhension des réponses de Marie-François Arouet dit Voltaire.

Cette correspondance est d’un grand intérêt pour nous permettre de comprendre en quoi nos penseurs d’aujourd’hui ont pu s’autoproclamer  héritiers des philosophes du XVIII ème siècle sur le seul argument de l’apostasie et de la christianophobie.

Voltaire et le 18ème siècle :

Rencontre de Voltaire avec le Roi de Prusse       Le siècle des Lumières s’oppose à l’obscurantisme prétendu et stigmatise les dogmes anciens, donnant volontiers par le suffixe « isme » l’aspect d’un complot ourdi par un groupuscule fermement décidé à maintenir coût que coûte son hégémonie. Bien entendu, c’est l’Infâme qu’il s’agit d’écraser, ce clergé que les philosophes accablent d’opprobre, le taxant d’infliger à la société une chape de plomb depuis sa collusion avec l’empire romain antique. Simultanément, c’est aussi le Saint-Empire romain germanique et catholique qui est visé. Ces Lumières doivent mettre un terme au Siglo de Oro de la contre-réforme, celui de la maison d’Autriche et des Jésuites, mais aussi au Grand Siècle de Louis XIV partagé entre gallicanisme et jansénisme. Or, la bourgeoisie d’affaires, celle qui trépigne de dépit à la pensée qu’elle est considérée comme une vulgaire ploutocratie par la vieille noblesse, espère former une aristocratie de mérite. Ainsi naissent les Illuminati chez Adam Weisshaupt à Ingolstadt, voire diverses sectes ayant proliféré après l’Édit de tolérance de Potsdam. Dans ce maelstrom de la pensée, le droit divin vit ses derniers jours, peu à peu remplacé par les notions de roi philosophe et de despote éclairé. C’est alors que l’Encyclopédie affirme condenser le savoir, que Montesquieu détruit l’auctoritas et la potestas en lui substituant les trois pouvoirs, que Condorcet définit l’utopie du progrès, que Rousseau imagine le bon sauvage, et surtout que Voltaire, bénéficiant de l’extension de la langue française en Europe, touche à tous les styles littéraires avec des bonheurs divers, tout en dominant le siècle par l’ampleur de son intelligence.

Philippe Lamarque (cliquer sur le lien pour info)

Le contenu du livre :

      Le manuscrit original, propriété de la Maison ducale d’Uzès, contenant l’intégralité de cette correspondance, est reproduite intégralement sous forme de fac-similé (copie à l’identique).
      Afin de faciliter leur  lecture, toutes les lettres ont été retranscrites. Elles sont complétées par de nombreuses notes (exégèse), qui apportent un complément indispensable et une bonne compréhension de l’ensemble.
      Une biographie de Charles-Emmanuel de Crussol, 8ème Duc d’Uzès a été préparée et rédigée par l’actuel Duc d’Uzès, agrémenté de nombreuses illustrations.
      Un essai de Philippe Lamarque sur Les Lumières et l’Aufklärung, donne des pistes permettant de mieux appréhender cette période et la place qu’y  tint Voltaire. Cette partie est largement illustrée par des portraits, gravures d’époque et par de nombreux blasons. 
      Une dernière partie est composées de photos actuelles, pour montrer ce que sont devenus les maisons et châteaux ou vécurent les deux épistoliers.

 Une reliure de haute qualité

 
Caractéristiques de cette édition de bibliophilie:

LE BLOC COUSU :
Le livre est réalisé au format 24 x 30 à la française et comprend plus de 200 pages. Les cahiers sont imprimés en quadrichromie sur un papier supérieur d’édition, à base de coton, 170 gr./m2. Les cahiers pliés sont reliés par une couture traditionnelle au fil.

 LA RELIURE :
Le livre est relié pleine peau à partir d’une peau de chèvre, pleine épaisseur – appellation cuir maroquin – (une peau par livre). La couverture est doublée de  buvard pour la sensualité du toucher de la couverture. Le dos est arrondi et comprend quatre nerfs. Les pages de garde sont imprimées, en harmonie avec la couleur de la peau. Des charnières intérieures en cuir viennent renforcer la couverture au droit des deux pliures. Les trois tranches sont dorées.

Les marquages sont réalisés par dorure à chaud. L’ensemble est doté de signet et tranchefile. L’ouvrage est présenté sous coffret relieur dont la tranche arrondie, épouse parfaitement le dos du livre. Le coffret, doublé de suédine est recouvert du même papier que les gardes. Il est bordé de cuir avec la même peau et vient de ce fait compléter un ensemble particulièrement soigné dans la pure tradition de la bibliophilie.  

        Un livre de bibliophilie                                                                                                                             

NUMEROTATION DES OUVRAGES :
Les exemplaires sont tous numérotés manuellement et servis dans l’ordre de réception des souscriptions.
100 exemplaires sont réalisés et  numérotés de 001 à 100.

 www.culture-cadeaux.com

Vue du château d’Uzès

Le 23 janvier 2013.

Jean-Yves Pons.

 

Et  aussi sur ce  blog même : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2012/07/17/le-duche-duzes-30700-premier-duche-de-france/

 

Chez les ados, la lecture régresse, l’illettrisme progresse. Et la France se meurt.

13 Déc

Toutes les études le disent : arrivés à l’adolescence, les jeunes « décrochent », les livres leur tombent des mains. Place aux copains, à la musique, aux longues séances devant l’ordinateur… Selon une enquête réalisée sous l’égide du ministère de la culture et de la communication, ceux – celles, surtout – qui affirment « lire des livres tous les jours » ne sont que 33,5 % à 11 ans, ce maigre pourcentage dégringolant à 9 % quand ils arrivent à 17 ans. A cet âge, les filles sont deux fois plus nombreuses à lire que les garçons. Pire : 14,5 % des enfants de 11 ans disent « ne jamais ou presque jamais lire un livre » et ils sont, hélas, 46,5 %, six ans plus tard, à témoigner de leur désintérêt pour la lecture.

Menée auprès de 4 000 jeunes, interrogés tous les deux ans, de 2002 à 2008 (à 11 ans, 13 ans, 15 ans, puis 17 ans), cette enquête pionnière a fait l’objet d’un commentaire éclairant des sociologues Christine Détrez et Sylvie Octobre, publié dans Lectures et lecteurs à l’heure d’Internet (sous la direction de Christophe Evans, Cercle de la librairie, 2011). « Avec l’avancée en âge, les enfants lisent moins et se détournent des lieux et supports de lecture et l’adolescence apparaît comme le moment-clé de cet éloignement », observent les auteurs.

Les craintes que  suscite ce phénomène chez nombre de parents et de grands-parents a été décuplée par la révolution Internet. La montée du chômage et les incertitudes qui pèsent sur l’avenir des jeunes générations ont encore aggravé le trouble. Ce qui n’est pas le moindre paradoxe puisque l’abandon de la lecture a peu de chance d’améliorer les conditions de l’emploi !  Avant-guerre et jusque dans les années 1950, c’est-à-dire à une époque où « la majorité des enfants entraient en apprentissage ou dans la vie active à 14 ans », peu de gens se souciaient de savoir si les jeunes, en particulier ceux des classes populaires, lisaient et, moins encore, ce qu’ils lisaient. La raison en est simple: ils lisaient ! Et ils lisaient ce que leurs parents, leur famille, leurs maîtres leur conseillaient de lire. Un point c’est tout.

Le paradoxe aujourd’hui, est que la « massification » scolaire – notamment marquée par la généralisation de l’accès à l’enseignement secondaire et par l’extension de la scolarité au collège après 1976 – s’est accompagnée d’une baisse de la lecture des livres. « Depuis une trentaine d’années, c’est un fait : chaque génération lit moins que la précédente », confirme Sylvie Octobre, qui pourMagazine; Mangassuit ses recherches au département des études, de la prospective et des statistiques (DEPS) du ministère de la culture.

Tout en estimant que « la question des motifs profonds de cette baisse de la lecture littéraire reste entière », elle avance une explication : dans les années 1980-1990 existait un espoir que la politique menée en faveur du livre (par J.Lang par exemple), associée à la « démocratisation de l’école et de l’université« , allait entraîner une forte fréquentation du livre. En réalité, dans le même temps, le livre s’est extraordinairement dévalué ou banalisé.

Et pourtant on vend beaucoup de livres pour les enfants ou les ados !  Les performances de l’édition jeunesse en témoignent : le chiffre d’affaires est passé de 203 millions d’euros en 2000 à 372,8 millions d’euros en 2011. Aujourd’hui encore, plus d’un livre acheté sur cinq est un livre jeunesse. Est-il lu, pour autant ? Car ce sont, le plus souvent, les parents qui achètent – non les ados… Autrement dit, les parents ou les grands parents, conscients du problème, essaient de reproduire auprès de leurs enfants ce que faisaient leurs propres parents. Ils n’y parviennent hélas que bien peu. Il est vrai qu’ils sont peu encouragés par les pouvoirs publics, l’institution enseignante et moins encore par les médias qui trahissent là l’une de leurs principales vocations.

Quoi qu’il en soit, ces efforts globalement assez vains risquent, dans un avenir proche, de s’essouffler davantage. Aggravation de la crise économique oblige. D’ailleurs, de plus en plus de librairies constatent une baisse de leurs ventes de livres allant jusqu’à 20% .La faute aux « décrocheurs » ?

Mais l’idée que des ados lecteurs arrêtent de l’être laisse perplexes beaucoup d’enseignants: « Dire que les ados décrochent ? J’ai parfois l’impression qu’ils n’ont pas accroché du tout. Qu’ils vivent dans un monde sans livres », remarque l’une d’entre eux. « L’amour des livres, c’est comme pour le théâtre : pour que les enfants aiment ça, il faut qu’ils se rendent compte que les adultes autour d’eux y trouvent plaisir. Pas forcément les parents, bien sûr. Mais ça aide…« .

Certes, le genre et la classe sociale jouent un rôle majeur dans le rapport des adolescents à la lecture – ce qu’une enquête britannique,Young People‘s Reading and Writing (« Lecture et écriture des jeunes gens »), non encore traduite en français, montre avec éclat. Pour « trouver le chemin du livre », mieux vaut être blanche et bien portante, que pauvre et de sexe masculin… Mais la mue qui est en train de s’opérer, boostée par Internet et le numérique, ne dépend pas de ces seuls paramètres. « Le rapport des élites aux livres et à la lecture a changé, relève Sylvie Octobre.L’essentiel, aujourd’hui, quand on veut dominer, ce n’est pas de lire ou d’avoir beaucoup lu, mais d’être capable, dans un système d’hyperinformation, de repérer ce qui va vous servir. Lire Kant ou Flaubert, cela reste utile. Mais ce n’est plus suffisant. » La manière de lire, elle aussi, a changé – radicalement : avec le numérique, la lecture devient fragmentaire, non linéaire. Hugo, Balzac ou Racine y survivront-ils ?

« Quand j’ai demandé à mes élèves de 5e s’ils préféraient lire sur papier ou s’asseoir devant un écran, ils ont choisi l’écran à 99,9 % », déclare une enseignante d’un collège de banlieue. Non pas, précise aussitôt l’enseignante, que ses élèves – de milieu populaire et issus en majorité de l’immigration– ne lisent pas.« Les filles lisent des magazines, les garçons des mangas« , indique-t-elle, sans rire ! Mais cette maigre nourriture risque d’en faire des « adultes désarmés ». Surtout, se désole l’enseignante, « ils se privent d’un bonheur qu’ils n’imaginent pas ».

Et voilà que nous arrive en pleine figure le dernier rapport du Programme international de recherche en lecture scolaire (Pirls) ! Ce programme, réalisé par  l’Association internationale pour l’évaluation du  rendement scolaire, évalue les apprentissages scolaires de façon très scientifique. Alors là, accrochez-vous…

Les résultats des jeunes Français se dégradent de façon continue depuis 10 ans : 525 points en 2001, 522 en 2006, et 520 en 2011. Dans le classement international, la France occupe cette année la 29eme position sur les 45 pays évalués dont 23 Etats européens.

Si la France se place au-dessus de la moyenne internationale (500 points), elle se situe nettement en deçà de la moyenne européenne (534 points). Mais les conclusions les plus préoccupantes de l’enquête concernent la chute du niveau de compréhension des textes informatifs et des compétences les plus complexes.

Ainsi, en fin de CM1, une part encore trop importante des élèves a des difficultés en lecture. Ces résultats sont d’autant plus préoccupants que les difficultés qui apparaissent dès l’école maternelle et élémentaire s’amplifient tout au long du parcours scolaire.

Les éditions précédentes du PIRLS avaient souligné la différence de maîtrise de la lecture entre les filles et les garçons. Si cet écart s’est réduit en 2011, c’est en raison d’un nivellement par le bas : les filles lisent moins bien, rejoignant ainsi les performances des garçons. De la même façon, les inégalités de performance entre les élèves se réduisent, mais à la faveur d’une diminution du pourcentage d’élèves avancés (5 % en 2011 contre 7% en 2001).

Les enseignements du PIRLS 2011 complètent le diagnostic établi par PISA, le Programme international de l’OCDE pour le suivi des acquis des élèves. L’édition 2009 de PISA est venue souligner non seulement la baisse continue du niveau des élèves les plus faibles, mais aussi l’impact particulièrement fort des caractéristiques sociologiques du milieu familial sur les élèves. En d’autres termes, PIRLS comme PISA dressent le portrait d’un système éducatif non seulement inefficace mais aussi dans lequel tous les élèves sont « tirés vers le bas ». Ceci traduit de façon indiscutable l’appauvrissement non seulement matériel mais aussi culturel de notre pays. Vous en connaissez les raisons mais aussi les responsables.

C’est à pleurer ! D’autant que l’on peut (sans sombrer dans un conspirationnisme de mauvais aloi) s’interroger sur l’absence totale de politique volontariste en la matière. Certains ne trouveraient-ils pas quelque intérêt à favoriser l’illettrisme et l’acculturation qui sont deux des mamelles de la conservation du pouvoir ? Souvenez-vous du livre de Sophie Coignard sur le sujet. Lisez-le ou relisez-le.

NOUS DEVONS LES CHASSER  avant qu’ils ne nous tuent !

Le Pacte immoral

Le 13 décembre 2012.
Pour le Conseil dans l’Espérance du Roi, JYP Conseiller à l’Instruction publique et à l’Enseignement supérieur par intérim.