À quoi sert de se réjouir que 88% des élèves de terminale aient eu le baccalauréat en 2017 ?…

23 Août

Si cela ne les mène qu’à l’échec universitaire.

La rentrée qui se profile à l’horizon inquiète de toutes parts : outre les milliers de bacheliers toujours sans affectation, l’afflux d’étudiants sur les bancs universitaires promet d’être difficile à  surmonter. Sans compter une rentrée sociale et politique compliquée, avec des syndicats étudiants vent debout contre la baisse de l’aide personnalisée au logement (APL) et opposés à la sélection à l’université qui pourrait émerger de la concertation que vient de lancer le gouvernement.

 » Entre les bacheliers toujours sans place et les amphis surchargés dans des universités qui ont encore poussé les murs, la rentrée sera particulièrement tendue « , prévient d’emblée Lilâ Le Bas, à la tête du syndicat étudiant UNEF.

D’après les derniers chiffres du ministère, 6 010 candidats se  trouvaient encore dans l’attente d’une proposition dans l’enseignement supérieur sur la plateforme Admission post bac (APB), au 17  août – des bacheliers pour les trois quarts, le reste étant des étudiants en réorientation.

Avant la trêve estivale, fin juillet, ils étaient plus de 65 000 jeunes sans affectation : 48 000 ont entre-temps reçu une proposition, tandis qu’au moins 11 000 candidats se sont  » évaporés « . Soit qu’ils aient abandonné le projet de poursuivre des études, soit qu’ils aient décidé de rejoindre une formation en dehors d’APB. Ce qui fait craindre à Jimmy Losfeld, président du premier syndicat étudiant, la FAGE, une  » privatisation rampante du système « , la majeure partie des filières hors-APB relevant du secteur privé.

Pour les 6 010 demandeurs encore inscrits sur APB, le ministère s’engage à trouver une solution dans les semaines qui viennent, mais la mission promet d’être difficile, tant la situation a empiré par rapport à 2016 ; à périmètre comparable, 30  % de bacheliers de plus sont concernés. Ceux qui sont issus des lycées professionnels et technologiques sont au premier rang des laissés pour compte ; ils demandent majoritairement des BTS et des DUT, dans lesquels ils ont les plus grandes chances de réussir, mais qui sont des filières sélectives dont le nombre de places n’augmente qu’à la marge.

L’explication de cette saturation généralisée du système tient à l’explosion de la démographie et de la poursuite d’études – ainsi 39 700 candidats de plus ont effectué un vœu sur APB en mars, dont 25 800 bacheliers – mais aussi à une nouveauté : les étudiants en réorientation, qui veulent changer de filière en cours de route, passent désormais eux aussi par la moulinette de l’algorithme d’APB.

Pour le président de la Conférence des directeurs et doyens des sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps), Didier Delignières, la situation est d’ailleurs encore pire qu’il n’y paraît.  » Si l’on considère qu’un jeune qui a obtenu son 25e vœu de formation, mais qui ne va pas y aller, fait partie de ceux qui sont censés avoir trouvéune place, c’est une manière de se rassurer, mais c’est loin de la réalité « , souligne l’universitaire, qui reçoit chaque jour les mails de candidats désespérés, recalés à l’entrée de sa filière qui croule sous la demande.

Certains envisagent même de  » repasser le bac «  ! Cette année, ce sont près de 10 000  candidats, dont un quart de bacheliers, qui ont été refusés dans la licence qu’ils demandaient en premier vœu, écartés par un tirage au sort dénoncé de toutes parts. Soit quatre fois plus qu’en  2016.

Avec l’arrivée de 20 000  à 40 000 étudiants supplémentaires à chaque rentrée depuis déjà trois ans, l’université a de plus en plus de mal à pousser les murs, alors que son budget ne progresse pas. C’est ce qu’elle a pourtant fait, une fois encore : d’après le premier indicateur que constitue la plateforme APB, les facultés ont pu faire 20 000 propositions de plus à des candidats cette année.

 » Entre la pression de ceux qui sont en colère parce qu’ils n’ont pas eu de place, les difficultés des facs qui vont accueillir plus d’étudiants alors qu’elles sont déjà sur la corde raide et les étudiants qui vont découvrir des conditions d’étude désastreuses, je ne suis pas rassuré du tout pour la rentrée « , résume le doyen Delignières.

En  2016 déjà, des grèves avaient eu lieu dans plusieurs UFR de Staps, l’un ayant même repoussé sa rentrée faute de locaux suffisants pour accueillir tout le monde. Cette année, le ministère a promis une aide d’urgence de 1 500  euros par étudiant de plus accueilli dans cette filière. Ce que salue Didier Delignières, mais qui apparaît totalement insuffisant.

A l’université de Strasbourg, qui a augmenté ses capacités d’accueil en Staps mais aussi en psychologie, pour qu’il n’y ait pas un seul candidat laissé sur le carreau par le tirage au sort, le vice-président chargé des formations, Benoît Tock, s’attend aussi à des difficultés dans d’autres filières épargnées jusqu’ici. En sciences sociales et en sciences de la vie, les effectifs devraient en effet progresser de 10  % à  30  % ! Cela signifie des  » problèmes pour trouver des salles, des enseignants, et un travail très lourd pour nos équipes, dans l’urgence « .

Avec une grande inconnue, qui ne sera levée que dans les prochaines semaines : combien d’étudiants viendront réellement s’inscrire ? Une fois qu’un candidat a reçu et validé une proposition via APB, il doit ensuite s’inscrire dans la licence obtenue. Le nombre d’étudiants à la fin septembre peut ainsi se révéler moins important que prévu. Mais l’inverse est aussi possible : les formations pratiquent en effet un  » surbooking « , en tablant sur l’évaporation habituelle qui intervient durant l’été.

 » Nous sommes dans l’expectative « , reconnaît Gilles Roussel, à la tête de la Conférence des présidents d’université, qui rappelle les incertitudes qui pèsent en plus cette année sur la rentrée en master. Pour la première fois en effet, la sélection intervient à l’entrée de la première année de master, avec la possibilité, pour les étudiants recalés, d’exercer un recours pour obtenir une place. Il espère donc qu’il n’y aura pas de problèmes pour accueillir tous les candidats.

Dans ce climat difficile, la dernière annonce du gouvernement a fait monter la colère : 331  millions d’euros de coupes budgétaires sont prévues dès 2017, dont 95  millions d’euros concernent l’université.  » Les collègues ne comprennent plus, ça joue vraiment sur le moral « , s’énerve le président de l’université du  Maine, Rachid El Guerjouma, qui a augmenté ses effectifs en droit et en Staps, où ses enseignants-chercheurs font déjà 120  heures supplémentaires à leur service annuel.

L’exaspération monte aussi chez les syndicats étudiants, sur le front social. La baisse de 5  euros des APL est unanimement dénoncée, alors que le coût de la vie étudiante va encore augmenter de 2,09  %, d’après l’enquête publiée par l’UNEF le 19  août.

 » Nous appelons les jeunes à se mobiliser à la rentrée pour faire reculer le gouvernement « , annonce Lilâ Le Bas, qui promet également d’être vigilante pour que la jeunesse ne soit pas la première victime de la nouvelle réforme du code du travail, dont les contours doivent être annoncés dans les jours qui viennent.

Dernier sujet de tension, et non des moindres : la rentrée va s’ouvrir sur la concertation autour de la réforme de l’accès à l’université, promise pour mettre fin au tirage au sort. L’instauration de prérequis pour entrer à la fac fait partie des options sur la table et elle provoque déjà un vent d’opposition du côté étudiant.

 » S’il s’agit de faire une sélection sèche à la fac, nous irons dans la rue « , menace Jimmy Losfeld, de la FAGE. Comment voulez-vous que nous puissions voir le bout du tunnel ?

Et tant d’efforts alors que l’on sait qu’il y aura 60 % d’échec à l’issue de la première année universitaire, tant est catastrophique le niveau des bacheliers ! Décidément, l’acculturation a un coût astronomique.

Le 23 août 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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