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Pour Emmanuel Macron, le véritable danger est ici :

17 Nov

Pour le premier meeting de Place publique, le mouvement « citoyen » lancé notamment par l’essayiste Raphaël Glucksmann* et l’économiste Thomas Porcher, la « gauche non mélenchoniste » s’était donné rendez-vous à Montreuil (Seine-Saint-Denis) jeudi 15 novembre au soir. Dans l’assistance, on pouvait croiser Guillaume Balas (eurodéputé Génération. s, le mouvement de Benoît Hamon), l’ancien maire communiste de Saint-Denis Patrick Braouezec, Stéphane Troussel, président (PS) du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, Philippe Martin, l’ancien ministre socialiste de l’écologie, Julien Bayou, candidat déclaré d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) à la mairie de Paris… Mais aucun membre connu de La France insoumise.

Des membres du star-système avaient aussi fait le déplacement, comme Bérénice Bejo et Michel Hazanavicius, Emmanuelle Béart ou encore Samuel Le Bihan, histoire de ne pas manquer le train de la nouvelle gauche d’autant que les organisateurs voulaient montrer leur capacité à rassembler autour de quelques idées fortes : « Europe, démocratie, justice sociale et écologie ». Vous l’aurez remarqué, il y a là les quatre incontournables attrape-couillons de la pensée contemporaine !

Plusieurs personnes se sont succédé à la tribune pour développer le projet de Place publique : un mouvement horizontal, écologiste et de gauche. Raphaël Glucksmann avouait d’ailleurs être « un peu stressé » face au succès de son initiative. « Nous vivons un moment de bascule, notamment écologique, a-t-il lancé. On va construire une grande maison ouverte sans gardien de boîte de nuit. Face aux tentations autoritaires on va assumer plus de démocratie. Face à la montée de la xénophobie on va défendre l’accueil des migrants. Il ne faut jamais penser à ce qui serait électoralement payant. Le défi est immense. » Et de continuer en développant l’urgence du combat contre le réchauffement climatique et contre les populismes de « Trump, Salvini, Poutine, Erdogan et du Brexit ».

Bref, Raphaël n’est pas notre ami…

Thomas Porcher, de son côté, a assuré avec la conviction des néophytes que « le monde ne va pas bien ». Et de haranguer les quelques centaines de personnes présentes (selon les organisateurs) : « Vous n’arrivez pas a vous habituer aux SDF, vous ne pouvez pas accepter qu’un être humain qui a quitté son pays ne soit pas accepté dans le notre et que l’on parle de trou d’air, de statistiques… Mais qu’est-ce que c’est que ce monde ? On est jamais de trop pour lutter contre l’injustice sociale ! » Et, là, tout est dit car, en plus des quatre attrape-couillons dont nous parlions plus haut voici donc annoncée leur suite logique :

le « Grand Remplacement« .

Jo Spiegel, le maire de Kingersheim (Haut-Rhin), a tenu à défendre le modèle de démocratie directe qu’il applique dans sa ville. N’hésitant pas à citer plusieurs références intellectuelles, comme Hannah Arendt, Jean Jaurès ou Pierre Mendès France, il a défendu une « approche consolidée du monde, de la personne sur le système, du citoyen sur l’individu. C’est un chemin difficile, subversif. C’est celui de la démocratie. » Il ne s’est pas privé de décocher quelques flèches en direction de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen. « Nous défendons une radicalité. Nous ne sommes pas de ceux qui crient plus fort ou qui instrumentalisent les peurs. » Ben voyons ! Ce n’est surement qu’une peur que de voir disparaître notre culture dans des classes de collège et de lycée où la mixité ethno-culturelle est à l’oeuvre, ce n’est surement qu’une peur que de constater l’ampleur des trafics de stupéfiants mais aussi d’armes de guerre dans nos banlieues où nos forces de police ne peuvent même plus pénétrer pour y rétablir l’ordre, ce n’est surement qu’une peur que d’observer ce merveilleux embellissement de notre capitale :

L’activiste écolo Claire Nouvian a, quant à elle, dénoncé « la consanguinité entre les lobbys et le pouvoir ». S’adressant à la dizaine de milliers d’adhérents revendiqués par Place publique, elle a fustigé le « capitalisme qui nous mène au bord du gouffre ». Elle complète : « Rien n’est fatal. Ce qui est fatal, c’est être dans l’inaction. Au pire on passera pour des imbéciles (ndcer: c’est déjà fait !), si on se plante ce n’est pas grave. Le “vous” doit devenir “nous”, une force citoyenne puissante, une force majoritaire. » Rendez-vous est d’ores et déjà pris pour d’autres initiatives en France avec, en ligne de mire, la constitution d’une liste d’union aux élections européennes de mai 2019…En d’autres termes, ces braves gens ne sont pas nos amis mais ce sont nos alliés objectifs car ils chassent sur les terres d’Emmanuel Macron et  l’émiettement des suffrages ainsi provoqué ne peut que tourner, en 2019, à l’avantage des patriotes.

Alors, bienvenue à cette nouvelle « Place publique » !

Le 17 novembre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Raphaël Glucksmann est le fils de l’inénarrable philosophe André Glucksmann (mort en 2015) dont on se souvient qu’il fut la forme vivante de la girouette qui ne tourne pas…à l’inverse du vent. Il est aussi le compagnon de la journaleuse franco-libanaise Hala Salamé (dite Léa Salamé), très en cour sur les ondes de France Inter et autres lieux médiatiques découverts à marée basse, ce qui nous laisse entrevoir de solides appuis à venir pour son jeune mouvement politique.

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Les enfants de France en rêvaient, Playmobil l’a fait !

16 Nov

À l’approche de Noël, vous n’hésiterez plus pour offrir à vos enfants ou petits-enfants ce merveilleux cadeau tant il est à l’image de notre société

 » d’amour, de tolérance et de paix « 

Le 16 novembre 2018.

(Merci à GJ pour cette découverte)

Un archétype de territoire interdit de la République : Barbès.

16 Nov

Lundi 24 septembre, le kiosque de Samir Lebcher, marchand de journaux à Barbès, à cheval sur quatre boulevards (Magenta, La Chapelle, Barbès, Rochechouart), trois arrondissements (9e, 10e et 18e), et deux lignes de métro (2 et 4), au pied d’une station dont 11 219 335 voyageurs ont franchi les tourniquets en 2017, est resté fermé. « Le samedi d’avant, une personne s’est fait arracher son collier en or juste devant, raconte-t-il. Ça ne peut plus durer. Ce n’est pas à moi de faire régner l’ordre, parce qu’un jour, je vais me prendre un coup de couteau. Ça me fend le cœur, mais je préfère fermer que de voir ça. On a laissé pourrir le quartier. Ça pourrait difficilement être pire. »

Samir n’est pas un vieillard aigri ; c’est un trentenaire jovial. Il ne découvre pas les lieux ; il est né à l’hôpital Lariboisière et a grandi rue des Islettes, à 200 mètres de ce carrefour où il est chez lui, où il connaît tout le monde, du plus discret des flics en civil au dernier des toxicos, mais qui lui « monte au crâne ». « On autorise des choses pas normales ici, et on te dit : “Qu’est-ce que tu veux, c’est Barbès.” » Ce qui veut bien dire que l’Etat a capitulé depuis longtemps face aux invasions et tout ce qu’elles amènent avec elles.

Personne ne meurt à Barbès, aucun policier ne s’y fait caillasser, et Fox News n’y avait manifestement pas mis les pieds pour en parler comme d’une « no-go zone » au lendemain des attentats de 2015. Mais de fait, Barbès désigne aujourd’hui moins le héros des révolutions de 1830 et 1848 que ce carrefour invivable.

Toutes les trois minutes, la bouche du métro crache une fournée de voyageurs sur des trottoirs qui débordent déjà de travailleurs pressés, de clochards au ralenti, de vendeurs de maïs chaud ou de tickets à la sauvette, de touristes égarés sur la route de Montmartre et de distributeurs de prospectus pour marabouts promettant le retour de l’être aimé en 48 heures. Le vacarme est permanent, entre le fracas de la ligne 2 qui enjambe le carrefour et le concert de klaxons et de sirènes au milieu de l’embouteillage. Un vrai foutoir !

Le mercredi et le samedi, c’est le même cirque puissance dix, à cause du marché le moins cher de Paris, qui se déploie sous le métro, et de son pendant illégal, sur le trottoir d’en face, le « marché de la misère », où l’on trouve tout et franchement n’importe quoi, à même le bitume, pour 3 francs 6 sous : un slip, une boîte de raviolis, une chaussure gauche sans la droite, un bout de fromage sous plastique, une batterie de téléphone, du dentifrice…

Mais au milieu du magma humain stationnent les maîtres des lieux : des dizaines de marchands de cigarettes. Ils passent leurs journées appuyés contre les murs du carrefour, à moins que ce ne soient les murs du carrefour qui s’appuient sur eux, on ne sait plus très bien. Audible dans le tintamarre, leur psalmodie est devenue l’emblème sonore de Barbès : « Marlboro-Marlboro-Marlboro », « Legend-Legend-Legend ». Prix imbattables : Marlboro, 5 euros le paquet ; Legend, 3,50 euros. Origine douteuse assurée : contrebande ou, plus toxique, contrefaçon (Chine, Turquie, Maghreb, Europe de l’Est). Profits limités pour ces petites mains du trafic : une vingtaine d’euros par jour. Parfois le texte varie, si vous voyez ce que je veux dire… : « Chichon-chichon-chichon », ou bien « shit-shit-shit-shit », ou simplement « ch-ch-ch-ch ». Casquettes à l’envers, bananes en bandoulière, lunettes de soleil même quand il fait gris, même quand il fait nuit. Cocards, balafres, nez de traviole, prémolaires qui manquent. Des gueules patibulaires, toutes venues d’ailleurs mais essentiellement du Maghreb et d’Afrique.

Plus rien à voir avec la cour des miracle du passé. C’est la France d’aujourd’hui.

Pas de réseau structuré, la vente se fait de manière anarchique. Traits communs : les vendeurs, souvent sans papiers, vivent rarement à Barbès et viennent tous d’Annaba, dans l’est de l’Algérie. Gare à celui qui vient d’ailleurs. En août 2017, un Algérois trop ambitieux a été vertement prié de foutre le camp. Il est revenu le lendemain, la police l’a arrêté avant qu’il ait eu le temps de faire usage du cocktail molotov qu’il venait d’allumer….Quel beau pays que le notre !

« Le tout premier vendeur s’appelait Djamel », se souvient M. Lebcher, qui l’a vu arriver devant son kiosque il y a quelques années, « quand le prix du tabac a grimpé en flèche. Un type lui rapportait des paquets d’Algérie, par avion ou par voiture. Pendant six mois, il était tout seul. Les flics n’y prêtaient pas attention ».

Ils sont désormais plus zélés et une brigade se livre quotidiennement à une étonnante chasse au trésor dans le mobilier urbain, comme des enfants chercheraient des œufs de Pâques. C’est que les vendeurs ont rarement le moindre paquet sur eux, et les cachent dans des planques invraisemblables : derrière les plans du métro, dans la structure métallique de la station, les poteaux des lampadaires ou les bacs extérieurs des friperies, sous une plaque d’égout, derrière une porte cochère. Certains appartements du coin servent d’entrepôts.

Les policiers ont saisi 5 827 paquets dans le secteur en 2017. Sur les dix premiers mois de 2018, 10 542. Mille par mois, soit à peu près ce qui doit être vendu chaque jour – donnée invérifiable. Barbès est le plus gros débit de tabac de la capitale.

« A la limite, les vendeurs de clopes, ça ne me dérange pas, explique Samir Lebcher. En revanche, quand les pickpockets débarquent l’après-midi… » On arrive alors dans le carrefour des Bermudes. Combien de portables et de portefeuilles Barbès a-t-il englouti ? Technique habituelle : attendre que le voyageur soit engagé dans le tourniquet du métro pour arracher un iPhone ou un sac à main. Technique subsidiaire : le « vol portière », qui consiste à faucher les affaires traînant sur le siège passager des voitures au feu rouge. On se croirait à Naple ou à Palerme…

Au fil des ans, la mairie du 18e a chassé les taudis, la prostitution et la drogue dure, mais ce carrefour et ses occupants restent un casse-tête insoluble. « On n’a pas de prise sur eux, constate le commissaire Serge Quilichini, de la préfecture de police de Paris. Pas un jour ne passe sans qu’on interpelle quelqu’un, mais la réponse pénale n’est pas à la hauteur. Ils ne vont pas en prison, et le cheptel se reconstitue. » La tâche des forces de l’ordre semble sans fin. « On ne se décourage pas, mais le problème n’est pas policier, il est bien plus global. » Merci à nos juges donneurs de leçon et à leur ministre de tutelle.

C’est devenu catastrophique, mais des vols et de la violence, ici, ça ne date pas d’aujourd’hui. En 1984, dans le film Les Ripoux, l’inspecteur Boisrond (Philippe Noiret) plaçait déjà Barbès « au sommet du hit-parade des quartiers pourris ». Trente-huit ans plus tôt, Marcel Carné montrait l’agitation – moins hostile qu’aujourd’hui – à l’entrée de la station, dans la scène d’ouverture des Portes de la nuit. La même année, un reportage du magazine Qui débutait ainsi : « Près du métro Barbès, le boulevard de la Chapelle offre un pittoresque spectacle. Plus de 500 personnes, des Algériens, des Tunisiens, quelques Noirs aussi, fourmillent sur le trottoir.(…) La première fois que je vis cet imposant rassemblement, je crus à une émeute dans le quartier. M’étant approché, je me vis proposer des savonnettes, des cigarettes, des chemises, des montres, des souliers, des imperméables, des postes de TSF, des beignets à l’algérienne. » 1946-2018, comme un air de famille mais, surtout, la vitrine de l’effondrement de l’Etat français et sa capitulation devant les hordes d’envahisseurs.

Derrière les vitres de la Brasserie Barbès, ouverte en face du légendaire Tati en 2015, le bon peuple contemple d’un œil mi-amusé mi-crispé ce tableau sidérant qui fascine les uns, désespère les autres. L’écrivain Marc Villard, qui y a situé nombre de ses romans noirs, aime ces lieux « déclencheurs de fiction »« l’aventure est sur le pavé ». Un agent RATP de la station en parle comme de « l’une des pires où bosser ». Le patron du Louxor, le cinéma rouvert en 2013, « ne vendrai[t]pas [s]a place pour un autre quartier ». En face, Sauviat, l’éternel marchand de disques, n’en peut plus : « Barbès, c’est fini. »

Le 22 octobre, un mois après avoir baissé le rideau, Samir l’a finalement remonté. Les habitants du coin n’en pouvaient plus de bonheur. « On a besoin de toi, il faut résister ! », a dit l’un d’entre eux, peut-être inspiré par la plaque de marbre fixée sur l’un des piliers du métro en hommage au « glorieux colonel Fabien », qui abattit ici un officier allemand le 23 août 1941. Deux jours après la réouverture, Samir s’est battu avec un nouveau venu qui vendait des cigarettes à même son kiosque.

C’est Barbès, certes. Mais c’est hélas aussi et davantage chaque jour, la France !

Le 16 novembre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Après trois plans successifs d’aide européens et huit années de crise les Grecs sont exsangues.

16 Nov

Merci Tsipras. Merci Bruxelles. Mais, surtout, merci Berlin !

C’est un slogan qui, au fond, aurait pu résumer la colère des manifestants grecs de mercredi 14 novembre à Athènes, place Syntagma. Mais, en réalité, c’en est un autre qui clamait le même mécontentement :

« À quand la fin de l’austérité ?« 

Dans le cortège, Giorgos Korkolis, employé dans une mairie de la région de l’Attique. Il a répondu à l’appel du principal syndicat de la fonction publique grecque (Adedy) pour ce premier rassemblement depuis la fin des plans d’aide internationaux, le 20 août.* La Grèce a certes enregistré une croissance de 2,5 % au premier trimestre et de 1,8 % au deuxième trimestre. Le chômage est passé sous la barre des 20 % en septembre, alors qu’il atteignait 28 % en 2013. Mais ces bons résultats économiques peinent encore à rejaillir sur les Grecs…

« Malgré les annonces grandiloquentes d’un retour de la croissance en Grèce, la situation des travailleurs reste déplorable. Les fonctionnaires ont perdu, en moyenne, 40 % de leurs revenus, et le gouvernement ne doit justement pas se contenter de se féliciter de bons résultats économiques, mais agir pour que la population grecque respire enfin ! », lance Giorgos, quinquagénaire qui ne vit qu’avec 520 euros par mois, et qui espère une revalorisation rapide de son salaire. En huit ans, il a perdu 400 euros de revenu par mois et a dû vendre la maison familiale près de la mer pour survivre.

Après et malgré les trois plans successifs d’aide européens depuis 2010, le salaire minimum est tombé, en Grèce, à 586 euros net, contre environ 760 euros en 2009. Lors de la sortie du programme européen d’assistance, fin 2017, l’Espagne avait augmenté le salaire minimum de quelque 4 %.

La Grèce veut suivre cette même voix pour réinjecter du pouvoir d’achat aux ménages. Athanasios Iliopoulos, le ministre adjoint au travail, a assuré que, « d’ici au 1er janvier [2019], l’augmentation du salaire minimum devrait être votée au Parlement ». Plus de huit ans de promesses jamais tenues !

La ministre du travail, Efi Achtsioglou, a aussi, depuis septembre, signé avec les partenaires sociaux de nouvelles conventions collectives dans plusieurs secteurs, comme ceux de la banque, de la marine marchande et des entreprises touristiques. Les conventions collectives avaient été supprimées lors des différents plans d’austérité imposés à la Grèce par les créanciers (Banque centrale européenne, Union européenne, Fonds monétaire international), sous l’implacable férule du ministre allemand de l’économie, Wolfgang Schäuble, dit « Le dogue allemand« .

Wolfgang Schäuble

Mais, pour Antonis Theocharis, présent lors du rassemblement de mercredi 14, « le gouvernement d’Alexis Tsipras tarde trop à agir et à prendre des mesures significatives pour la population… Après huit années de crise, les Grecs sont exsangues, et ont besoin de revivre et de voir leur niveau de vie arrêter de s’effondrer ! » Outre la hausse des salaires, pour ce garde forestier quadragénaire, il serait essentiel de relancer les embauches dans des secteurs publics très affectés par la crise économique : « Nous sommes 2 500 gardes forestiers en Grèce, il en faudrait le double ! Nous avons bien vu, lors des incendies de cet été, les manques de l’Etat en matière de prévention des feux… Dans des secteurs publics cruciaux, le gouvernement devrait permettre de recruter des fonctionnaires ! »(Lire « Incendies en Grèce:ne l’oublions pas, une partie des responsables siègent à Berlin et à Bruxelles » : 

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/07/28/incendies-en-grece-ne-loublions-pas-une-partie-des-responsables-siegent-a-berlin-et-a-bruxelles/).

Les créanciers du pays avaient exigé le gel les embauches dans la fonction publique durant les huit dernières années et les départs à la retraite ne sont toujours pas remplacés. Katerina Patrikou, qui travaille à l’hôpital Agios-Savvas, à Athènes, partage l’avis d’Antonis : « Nous manquons cruellement de personnel médical et paramédical. L’hôpital public grec est en état d’urgence et, sans embauche, la situation ne s’améliorera pas ! » D’après la fonctionnaire, qui a perdu près de 30 % de son salaire pendant la crise, « la plupart des infirmiers, des aides ménagères et d’autres employés sont embauchés avec des contrats courts et sont très précarisés, avec des salaires de moins de 700 euros par mois… Il faudrait commencer par régulariser ces intérimaires ! » Ne l’oubliez pas, depuis des décennies les dirigeants européens promettent le paradis sur Terre alors qu’en vérité ils ne font qu’organiser la paupérisation des peuples.

Selon la base de données du ministère de travail grec, en septembre, 46 % des emplois en Grèce étaient à temps partiel. Une revalorisation des salaires des médecins dans le public permettrait aussi d’arrêter l’hémorragie des jeunes diplômés qui partent à l’étranger, selon Mme Patrikou. « Comment persuader un jeune diplômé de médecine de rester travailler dans un hôpital public en Grèce avec un salaire de 1 200 euros ? », s’interroge-t-elle.

Dans quatre ans, Dimitris Vourakis, professeur d’anglais au lycée, doit prendre sa retraite. « Mais de combien sera-t-elle ? Est-ce que je peux espérer avoir 800 euros par mois, comme je l’avais prévu ? », s’inquiète-t-il. Après quatorze coupes successives dans les pensions grecques en huit ans, le gouvernement d’Alexis Tsipras a promis de ne pas les diminuer de nouveau, début 2019, comme prévu initialement avec les créanciers du pays ! Mais, franchement, peut-on vivre avec 800 euros par mois ? Qu’en pensent Bruno Le Maire ou Gérald Darmanin ?

La Commission européenne devrait approuver, lundi 19 novembre, le budget de l’Etat grec pour 2019, et accorder cette faveur sur les retraites au premier ministre grec, en difficulté à quelques mois d’éventuelles élections législatives anticipées…Vous l’aurez compris,  » SURTOUT PAS DE VAGUE  » à six mois des élections européennes.

« Avec la crise, nous avons touché le fonds. J’aimerais voir le bout du tunnel et être optimiste comme notre chef de gouvernement…, note M. Vourakis. Mais je ne commencerai à l’être que si toutes mes économies ne partent pas dans les impôts ! »

La résilience des Grecs nous étonnera toujours.

Le 16 novembre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Lire « Même Eurypide n’aurait pas imaginé pareille tragédie grecque » :

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/06/14/meme-euripide-naurait-pu-imaginer-pareille-tragedie-grecque/

La République en marche : « Ôte-toi de là que je l’y mette ! »

15 Nov

La guerre fait rage à La République en marche (LRM), le parti d’Emmanuel Macron, dans la perspective de l’élection du nouveau délégué général du parti après le départ du précédent titulaire du poste, Christophe Castaner dit « La voix de son maître« , pour le ministère de l’intérieur.

Stanislas Guerini (dont le nom sent bigrement le soufre) contre Pierre Person (dont le nom évoque déjà le mal-être), le duel entre les deux députés de Paris, macroniens purs et durs de la première heure, était annoncé et semblait déjà serré. Mais contre toute attente, M. Person a finalement annoncé, mardi 13 novembre, qu’il ne sera pas candidat au poste de délégué général du parti présidentiel…

« J’ai beaucoup réfléchi à cette décision. De nombreux référents, parlementaires, adhérents et élus tirés au sort m’ont fait part de leur soutien et m’ont incité à candidater. Nous sommes à un moment charnière de notre majorité qui impose l’unité et le rassemblement. C’est pourquoi je ne serai pas candidat », a-t-il déclaré dans un entretien au Figaro.

Le renoncement du cofondateur du mouvement Les Jeunes avec Macron, âgé de 29 ans, qui paraissait pourtant avoir de bonnes chances de l’emporter, ouvre donc la voie à Stanislas Guerini. Dorénavant seul candidat déclaré, le cofondateur du mouvement En marche ! se retrouve quasi assuré de devenir le nouveau patron de LRM. Mais pas si simple !

Considéré comme un « bon organisateur », cet ancien soutien de Dominique Strauss-Kahn (personne ne nous dit de quelle manière il le soutenait…), âgé de 36 ans, a affiché près de 160 soutiens dans le mouvement, dont une centaine de parlementaires. Et il a disposé de renforts de poids dans cette précampagne. Ses amis issus de la « strauss-kahnie », qu’il a connus au sein du QG de l’ex-candidat et aujourd’hui au cœur du pouvoir, ont poussé sa candidature en coulisses. Parmi eux, les conseillers de l’Elysée, Ismaël Emelien et Cédric O, ou le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. Démontrant, s’il en était besoin, qu’en politique un bienfait n’est jamais perdu !

Stanislas Guerini

Mais, en réalité, ces dernières semaines, les petites phrases et les franches critiques sont apparues entre les entourages des deux candidats. Au point d’installer un climat de tension, en interne. « Des attaques ont fusé, c’était violent et incisif », assure un député LRM. Les soutiens de M. Person ont même fait état de « pressions » de la part de conseillers élyséens et de ministres, accusés d’avoir passé de nombreux coups de fil pour pousser le rival de M. Guerini à ne pas se présenter. Ou pour inciter des élus à ne pas le soutenir. En d’autres termes, Stanislas est bien l’homme d’Emmanuel.

Des manœuvres qui ont semé le doute dans l’esprit de M. Person qui découvrait naïvement que LRM n’est pas un parti démocratique. Il est comme le Canada Dry, il en a a la couleur, le goût… mais il n’est pas démocratique. Au point de le faire renoncer. « Les suspicions, la campagne de dénigrement et l’image négative renvoyée par ce duel interne l’ont poussé à se demander si sa candidature n’apportait pas plus de bordel que des solutions », explique un proche. D’après son entourage, le député de Paris ne s’est pas lancé pour éviter d’afficher les divisions et de « fracasser le mouvement » dans une guerre fratricide. « Pierre Person a fait le choix très courageux d’être responsable pour deux », loue un de ses fidèles.

Le député des Français de l’étranger, Joachim Son-Forget, a également marqué son intérêt pour cette élection, fixée au 1er décembre. Mais il doit encore parvenir à rassembler les parrainages nécessaires. Que bien sûr il n’aura pas car l’Elysée veille au grain.

M. Guerini a toutes les chances d’être le seul candidat, comme cela avait déjà été le cas pour Christophe Castaner lors de la première élection pour la tête du mouvement. « Cela donne une image d’élection verrouillée, sans véritable débat », regrette un député macroniste. « Ce qui compte, cela n’est pas le nombre de candidats alignés sur la ligne de départ mais d’avoir le bon patron pour le mouvement et la bonne équipe à ses côtés. C’est le cas avec Stanislas Guerini », soutient évidemment la porte-parole du groupe à l’Assemblée, Aurore Bergé, la porte-flingue du président.

Après le désistement de M. Person, le soulagement est plutôt de mise au sein du mouvement, où l’on voulait avant tout organiser une élection interne sans fracas. Philippe Grangeon, qui occupe par intérim le poste de délégué général depuis la promotion de M. Castaner au ministère de l’intérieur, avait multiplié les appels à la« vigilance » pour que ce scrutin ne vienne pas « abîmer l’image » du parti. Trop tard !

Et récemment, ce proche du chef de l’Etat laissait entendre avoir une préférence pour une candidature unique, de façon à éviter à tout prix une campagne, qui dégénère du 15 novembre au 1er décembre. Pas vraiment le moment, alors que la cote de popularité d’Emmanuel Macron est déjà au plus bas. « Notre mouvement est dans un moment clé de maturité politique, souligne encore Aurore Bergé. Lorsque l’on est dans la même famille politique, on évite les combats fratricides. »

Jupiter, sur l’Olympe, en sait quelque chose.

Le 15 novembre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Le CER l’affirme : la consommation de cocaïne est un crime contre l’humanité.

15 Nov

Hippocrate de Cos

Plus disponible, plus pure, plus dangereuse, la cocaïne gagne du terrain en Europe, s’inquiète l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) qui tire la sonnette d’alarme sur la « résurgence  » de la poudre blanche.

« Nous observons actuellement en Europe un accroissement de la production et de la disponibilité des drogues « , constate Dimitris Avramopoulos, commissaire européen pour la Migration, les Affaires intérieures et la Citoyenneté, cité en préambule du rapport annuel de l’Observatoire publié jeudi.

Sur le tableau de bord de l’OEDT plusieurs clignotants virent au rouge. Sur la base des données collectées en 2016 (l’année la plus récente disponible) les auteurs du rapport estiment que la « coke » est consommée par 2,5 millions d’Européens, soit à peu près 2 % des personnes âgées de 15 à 34 ans. Le nombre de saisies ensuite : quelque 98 000 saisies ont été réalisées en 2016 dans l’Union européenne, contre 90 000 en 2015 et très probablement davantage encore en 2017.

La dangerosité du produit enfin. Malgré un prix stable – 60 à 70 euros le gramme -, la pureté du produit « a atteint son degré le plus élevé de la décennie « , autour de 60 % en moyenne.

Pour alimenter ce « marché dynamique  » (sic), les trafiquants de cette drogue majoritairement importée d’Amérique latine ont adapté leurs circuits d’approvisionnement et de distribution. Sur les 70,9 tonnes de cocaïne prises en 2016, 30 tonnes l’ont été en Belgique, un pays dont les ports ont supplanté les ports espagnols (15,6 tonnes) jusqu’ici points d’entrée maritime historiques pour l’Europe. Comme quoi nous ne devons pas seulement à nos amis Belges la racaille marocaine de leurs banlieues et leurs terroristes islamiques…

L’OEDT relève aussi avec inquiétude l’augmentation de la production de la drogue qui a désormais lieu en Europe mais aussi le fait que le Vieux Continent « exporte désormais son expertise »(sic) dans les drogues de synthèse vers le continent américain, l’Australie, le Moyen-Orient, l’Extrême-Orient et la Turquie.

Pis, les trafiquants européens « innovent  » avec notamment la multiplication de laboratoires de transformation de la cocaïne, de production de MDMA (principe actif de l’ecstasy), de méthamphétamine et d’héroïne.

Pour le commissaire européen, « le marché des drogues illicites est très dynamique et flexible, et dès lors d’autant plus dangereux ».

Enfin, cette consommation accrue de cocaïne a des conséquences sur la santé des « addicts ». En 2016, pour la première fois, 30 300 d’entre eux ont été admis en traitement, soit une hausse de 20 % par rapport à 2014, et le nombre d’intoxications a doublé en France.

Voilà pour les crétins des Alpes et autres lieux découverts à marée basse qui se laissent piéger par faiblesse de caractère, stupide mimétisme communautaire, recherche effrénée de paradis artificiels ou, pire encore, illusion euphorique de surpuissance. C’est triste et mortifère mais, après tout, tant pis pour eux, la sélection naturelle fait le tri.

Au demeurant, ce qui importe davantage aujourd’hui est la déstabilisation de plus en plus tragique du continent sud-américain, principal lieu de production et d’exportation de ces drogues assassines.

Entre six et sept heures du matin, mercredi 7 novembre, un fil suivi par plus de 900 000 abonnés à Twitter avait déjà posté pas moins de huit messages signalant des coups de feu dans divers faubourgs de la cité brésilienne. Le début d’une journée comme tant d’autres dans l’une des zones les plus sanglantes de la planète. Quelque 5 200 morts violentes ont été recensées depuis le début de l’année dans le seul Etat de Rio, bien plus que les 3 438 personnes tuées en 2016 dans tout l’Afghanistan

Ou quand on en arrive à constater que les trafics de drogue tuent davantage que la folie terroriste islamique !

Les homicides ne sont pas l’unique symptôme de cette dérive. Ainsi, pour les camions de transport de marchandises, les axes conduisant à la métropole carioca sont semés d’innombrables chausse-trapes. Les vols de cargaison perpétrés par des gangs armés s’y multiplient, à raison d’un assaut toutes les cinquante minutes en 2017, et au prix de pertes qui se chiffrent en dizaines de millions de dollars par an. Rio résume jusqu’à la caricature la trajectoire d’un Brésil gangrené par la violence, avec 30,3 homicides pour 100 000 habitants, contre une moyenne mondiale de 6,2. Une escalade qui a joué dans la victoire, à la présidentielle du 28 octobre, de Jair Bolsonaro, l’homme qui avait juré de faire la chasse aux criminels.

Depuis des années, l’insécurité nourrit le malaise de la population et pèse sur l’économie. En amont des élections, la Confédération des industriels brésiliens (CNI) a publié un rapport pour tirer la sonnette d’alarme sur un fléau qui « réduit la productivité des travailleurs » et « affecte la compétitivité du Brésil ». Selon cette enquête, il en coûterait au pays 5,5 % du produit intérieur brut (PIB), ou 365 milliards de reais (84,5 milliards d’euros) par an. « C’est presque autant que ce que nous dépensons pour notre système éducatif public, souligne Ursula Peres, professeure à l’université de Sao Paulo et spécialiste de ces problématiques. Et le plus tragique est toute cette population dont les forces vives nous échappent car elle se fait tuer, mettre en prison ou enrôler dans les organisations criminelles. » La virulente campagne électorale a mis le Brésil sous le feu des projecteurs. Mais la première puissance d’Amérique du Sud n’est pas une exception. Tout le sous-continent souffre d’une épidémie de violence. L’Amérique latine et les Caraïbes n’hébergent que 8 % de la population mondiale mais concentrent un tiers des meurtres commis à travers la planète. Sur les 50 villes les plus violentes dans le monde, 47 sont situées dans la région, selon l’institut Igarape, un groupe de réflexion sur l’insécurité installé au Brésil.

Certains pays échappent heureusement à cette spirale comme le Chili (3,5 homicides pour 100 000 habitants). Mais le phénomène atteint des proportions inouïes au Venezuela, au Brésil, en Colombie, au Mexique et dans toute l’Amérique centrale, comme en témoigne la caravane de migrants qui tentent de rejoindre la frontière des Etats-Unis pour fuir l’insécurité. Au Salvador (6,6 millions d’habitants), 3 954 homicides ont été comptabilisés en 2017. Un chiffre à rapporter aux 5 351 enregistrés dans toute l’Union européenne (511 millions d’habitants) en 2016, selon l’ONU.

« Plusieurs pays connaissent des situations de violence qu’on associe normalement à des zones de guerre, fait remarquer Robert Muggah, patron de l’institut Igarape. Et au contraire de presque l’ensemble du reste du monde, l’Amérique latine ne cesse de voir grimper son taux d’homicides. » Au cours de la dernière décennie, l’augmentation du nombre de meurtres a été trois fois plus rapide que la croissance de la population. Cette tendance s’est poursuivie même lorsque les conditions socio-économiques s’amélioraient.

« On a pensé que cela permettrait de venir à bout du problème mais ce n’était pas suffisant », soupire Samira Bueno, directrice du Forum brésilien pour la sécurité publique. Tragique ironie : non résolue par l’amélioration du niveau de vie, la violence n’entrave pas moins lourdement le développement économique. Selon une enquête de la Banque interaméricaine de développement publiée en 2017, la criminalité coûte aux pays d’Amérique latine et des Caraïbes 3,5 % de leur PIB par an. Soit une addition deux fois plus élevée que dans les pays développés, et six fois plus importante que les budgets consacrés aux programmes sociaux au Mexique ou au Brésil. Elle équivaut à ce que la région dépense chaque année dans les infrastructures, notent les auteurs du rapport.

Et la moyenne cache d’importantes variations. Au Honduras, le poids financier de la violence est presque multiplié par deux (6,5 % du PIB). Enfin, l’estimation est restrictive : seuls sont couverts un ensemble de coûts directs, telles que les pertes de revenus enregistrées par les victimes d’incidents violents, les frais de sécurités engagés par les entreprises et les particuliers pour se protéger ou les dépenses publiques affectées à la police, aux tribunaux ou aux prisons. Or la criminalité laisse d’autres séquelles difficiles à mesurer, comme ces investissements qui ne seront jamais réalisés ou les coûts socio-psychiques d’une population qui se voit forcée de restreindre ses déplacements. Selon l’ONU, la moitié des Latino-Américains dit avoir renoncé à sortir le soir, par peur de l’insécurité.

Comment les choses ont-elles tant dégénéré ? C’est simple. La violence endémique, connue aussi loin que l’on remonte dans l’histoire de ces populations, rencontre aujourd’hui celle liée au fait que l’Amérique latine est la seule au monde à produire de la cocaïne. Les rivalités entre producteurs et les luttes entre réseaux de trafiquants sont acharnées d’autant qu’elles se trouvent exacerbées par les énormes bénéfices financiers qui résultent d’une demande en pleine croissance. Les liens sournois entre ces réseaux mafieux et les milieux dirigeants politiques ne font par ailleurs qu’aggraver une situation explosive.

Sur ce quasi état de guerre se greffent des inégalités qui ont résisté aux années de croissance faste. La région Amérique latine et Caraïbes est celle où les disparités de revenus sont les plus marquées dans le monde, selon le coefficient de Gini. Elle affiche aussi un taux de chômage des jeunes préoccupant. Quelque 21 millions des 15-24 ans – soit 8 % de la jeunesse – appartiennent à la catégorie des « ninis » : ni éducation ni travail. Et parmi ceux qui détiennent un emploi, ils sont deux fois plus nombreux dans le secteur informel.

Résultat, la criminalité se concentre dans certains quartiers. Les auteurs comme les victimes d’actes de violence sont en majorité de jeunes hommes, peu qualifiés et de milieux défavorisés. « Si vous vivez dans une favela, le choix peut être vite fait entre trimer du matin au soir pour presque rien ou adhérer à la bande de votre voisin trafiquant qui se promène avec une chaîne en or autour du cou », résume l’économiste brésilienne Cristina Terra, professeure à l’Essec.

D’autres facteurs s’ajoutent, comme la circulation massive d’armes à feu dans des pays où la législation reste lâche. Qui plus est, un sentiment d’impunité règne, avec moins de 10 % de cas d’homicides « résolus » dans certains pays de la région, contre 80 % en Europe. Quant à la police, elle est souvent moins perçue comme un garant de la sécurité que comme une force d’oppression.

En d’autres termes, non seulement les consommateurs de cocaïne…se tuent à petit feu mais, en plus, ils entrainent dans leur suicide les peuples d’Amérique latine.

S’il est vrai que, dans ces pays et comme l’affirme Jair Bolsonaro, le nouveau président brésilien, « un bon bandit est un bandit mort », la responsabilité de nos élites politiques, médiatiques et culturelles, grandes consommatrices de drogues (et en particulier de cocaïne), n’en est pas moins déterminante par la pression qu’elles exercent sur les pays producteurs. Comme elle l’est d’ailleurs sur la traite négrière au nom de pseudo-principes humanitaires…A défaut de pouvoir réaliser l’inverse, mettons un terme à la demande et nous réduirons d’autant l’offre.*

Mais, qui sait, peut-être qu’un jour il deviendra possible de traduire ces gens-là devant une cour de justice pour crime contre l’humanité ! Un juste retour des choses pour ces habituels donneurs de leçon.

Le 15 novembre 2018.

Pour le CER, Hippocrate, Conseiller à la santé publique.

* C’est d’ailleurs l’un des aspects de la politique anti-drogue du président des Philippines, Rodrigo Dutertre.

Manfred Weber, le cheval de Troie de l’Allemagne à la Commission européenne.

14 Nov

Tandis qu’Emmanuel Macron hésite toujours sur sa stratégie d’alliances européenne en frayant depuis peu avec les libéraux, Angela Merkel peut compter sur un Parti conservateur européen (PPE) en ordre de marche pour les européennes de mai  2019. Et, surtout, sur un candidat allemand déjà en piste pour remplacer le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission de Bruxelles !

Jeudi 8  novembre, à Helsinki où il tenait congrès, le PPE a désigné le Bavarois Manfred Weber, à l’issue d’une primaire interne sans grand suspense, plutôt qu’Alexander Stubb, un Finlandais brillant mais moins connu des délégués. M.  Weber, eurodéputé depuis 2004, préside le groupe du PPE depuis 2014. A 46 ans, cet homme affable mais sans grand charisme connaît par cœur la machine européenne, et il pourrait constituer un relais efficace des intérêts allemands à la Commission.

Manfred Weber

M.  Weber avait reçu le feu vert de la chancelière Merkel dès la fin août, puis a engrangé les soutiens de quasiment tous les dirigeants du PPE ces dernières semaines – Laurent Wauquiez, patron de LR, fut parmi les derniers à s’y rallier, mardi 6  novembre. Considéré comme un modéré au sein de la CSU, cousine droitière de la CDU, il a convaincu sans problème les élus de l’Est, qui apprécient sa constante volonté de construire des ponts entre les deux parties de l’Europe. Et son discours mesuré à l’égard de Viktor Orban.

Certes, le Bavarois a voté pour le déclenchement d’une procédure pour violation de l’Etat de droit en Hongrie, en septembre au Parlement de Strasbourg, mais depuis, il s’est bien gardé de réclamer l’éviction du parti du premier ministre hongrois.* Tout comme l’essentiel des autres dirigeants de la  » famille  » conservatrice, qui continuent à préférer faire avec l’ » enfant terrible «  Orban, comme l’appelle Joseph Daul, le président du PPE.

La voie est pourtant loin d’être libre pour Manfred Weber, surtout si le PPE, comme c’est probable, perd des plumes lors des élections européennes de mai  2019. La famille conservatrice était arrivée en tête lors des scrutins de 2009 et de 2014, et devrait maintenir son avance sur les autres formations, mais, selon les estimations, elle pourrait perdre jusqu’à une cinquantaine de sièges au Parlement.

Si cet effritement se confirmait, le PPE ne pourra plus contrôler seul, avec les sociaux-démocrates, le Parlement européen, face à des formations patriotiques en capacité de bloquer le travail législatif. Mais, à moins d’un tsunami de ces formations, l’heureux élu à la tête de la Commission restera celui ou celle capable de construire une coalition de partis européistes. M.  Weber, plutôt identifié à droite du PPE, n’est pas forcément le mieux placé. D’autant qu’il est à coup sûr le candidat d’Angela Merkel, jusque là maître à penser de l’organisation comme du fonctionnement de l’UE.

Dans ce cas de figure, en revanche, Margrethe Vestager, l’amie d’Emmanuel Macron, la très médiatique commissaire danoise à la concurrence (l’ennemi des GAFA), conserve ses chances. A condition qu’elle obtienne le soutien de son propre gouvernement, dont elle n’est pas du même bord politique. Michel Barnier, le M. Brexit des Européens, pourrait lui aussi être sur les rangs. Dur parmi les durs dans les négociations avec Londres, il est une figure consensuelle, appréciée et connue partout dans l’Union. Encore faudra-t-il que le président français donne son feu vert à cet autre membre du PPE.

Depuis qu’elle a pris les rênes du pouvoir en Allemagne, Angela Merkel a toujours su jouer des divisions (quand elle ne les a pas créées) de ses adversaires. Très largement discréditée depuis 2015, conservera-t-elle cette capacité ?

Le 14 novembre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/09/16/ne-lache-rien-viktor-nous-sommes-a-tes-cotes/)