L’Eurogroupe vu de l’intérieur…par Yanis Varoufakis.

13 Oct

 

« Conversations entre adultes » est un livre incontournable de Yanis Varoufakis, l’ancien ministre grec des finances à l’époque de la crise financière la plus aiguë avec l’Union européenne (pour retrouver ce que nous en disions en 2015, vous pouvez vous reporter à nos « Billets d’Argolide« ). Nous ne partageons pas et de loin toutes ses idées mais nous reconnaissons qu’il y brosse avec intelligence et précision les bassesses et autres coups fourrés intervenus au sein de l’Union européenne et, plus précisément, de l’Eurogroupe, cette réunion des ministres des finances qui partagent la monnaie unique mais dont le fonctionnement reste largement opaque. C’est saisissant.

Lorsque le ministre grec des finances nommé en janvier  2015 après la victoire de la Coalition de la gauche radicale (Syriza) arrive à Bruxelles, il sait qu’il est en terrain hostile. Depuis cinq ans, la Grèce vit sous perfusion européenne et les divers gouvernements qui se succèdent à Athènes sont contraints d’appliquer des mesures d’austérité drastiques. Pendant cinq ans, Yanis Varoufakis a combattu en tant qu’économiste, ces mesures et la logique absurde de ce qu’il appelle  » le Renflouistan  » : on prête de l’argent à un pays en faillite, en exigeant des mesures qui le mettent à genoux et qui ne servent qu’à rembourser ses dettes…à l’Union européenne !

Le nouveau ministre enregistre avec son téléphone portable les principales conversations au sein de ce cénacle ou ses entretiens avec ses interlocuteurs. Le procédé est cavalier, certes, mais Yanis Varoufakis assume sa position de pirate pour témoigner de ce qui s’est passé pendant ses six mois de mandat., avant qu’il soit exfiltré.

Conversations entre adultes décrit l’incroyable violence à l’œuvre derrière les portes closes des couloirs de Bruxelles. Le commissaire européen à l’économie, Pierre Moscovici, avec lequel Varoufakis n’est pas tendre dans le livre, a déploré début septembre que la gestion de l’Eurogroupe du dossier grec avait été  » proche d’un scandale démocratique « . C’est ce scandale que raconte Yanis Varoufakis.

Mais il permet aussi de comprendre les erreurs du gouvernement grec et les déchirures au sein du Syriza, à l’épreuve du pouvoir, même si on peut regretter que Y. Varoufakis n’exprime pas la moindre autocritique.

Lors de son premier Eurogroupe, il a reçu un soutien convenu du ministre français des finances, le chafouin Michel Sapin (l’homme de la poussière budgétaire sous le tapis et des comptes insincère) mais Wolfgang Schäuble (dit le Dogue allemand) a aussitôt pris la parole :  » “Des élections ne sauraient changer une politique économique”, déclara Schäuble en fusillant Sapin du regard. «  La hiérarchie est établie car, avec Schäuble, en bon Allemand, « plus ça change et plus c’est la même chose ! » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/08/31/en-allemagne-surtout-plus-ca-change-et-plus-cest-la-meme-chose/.

Le ministre allemand régnait en maître, sous la houlette du président Jerœn Dijsselblœm, ministre social-démocrate des Pays-Bas, et de l’Autrichien Thomas Wieser, un haut fonctionnaire de la Commission, chargé de préparer les réunions des ministres, deux des principales têtes de Turc de Varoufakis dans le livre. Il décrit le ministre des finances allemand entouré de ce qu’il appelle  » ses cheerleaders «  : les ministres de plusieurs pays de l’Est, toujours d’accord avec le grand argentier allemand. Sans compter ses Gauleiters, sur place. Ça ne vous rappelle rien ?

La violence ne se limite pas à l’Eurogroupe. Il raconte une rencontre avec l’Allemand Klaus Regling, le directeur du Mécanisme européen de stabilité (MES), l’un des créanciers de la Grèce, dans laquelle il lui fait part de son dilemme : payer les retraites ou rembourser une échéance du Fonds monétaire international (FMI).  » Etre en défaut de paiement vis-à-vis du FMI est inimaginable. Suspendez les retraites. Vous n’avez pas le choix. «  La directrice du FMI, Christine Lagarde, sera plus compréhensive quand il lui présentera ce dilemme mais les Français se rendent-ils compte de la dictature exercée par ces ronds de cuir de Bruxelles et de Francfort, jamais élus mais décidant de tout en prétendant qu’ils « font notre bonheur malgré nous » ?

Paradoxalement, le ministre de la gauche radicale apparaît plus à l’aise avec les conservateurs comme Mme Lagarde ou le ministre espagnol, Luis de Guindos, qu’avec les sociaux-démocrates, comme Michel Sapin, Pierre Moscovici ou l’Allemand Sigmar Gabriel, dont il se méfie, ce qui ne l’empêche pas d’accepter leur aide.

Il est fasciné par Wolfgang Schäuble, son principal adversaire. L’économiste grec met en scène ses entretiens avec l’Allemand qui lui parle rapidement du  » Grexit  » :  » Je doute qu’aucun gouvernement soit en mesure de maintenir la Grèce dans la zone euro. «  Pour Schäuble, céder au gouvernement grec serait un mauvais signal pour les autres à commencer par Paris :  » La zone euro sera beaucoup plus forte si le Grexit sert à discipliner les autres.  » En vérité, personne n’a encore compris que seul le « Grexit » aurait sauvé la Grèce…

Plus tard, lors de leur dernière rencontre, au cours de laquelle Schäuble lui offre des euros en chocolat,  » pour calmer ses nerfs « , Varoufakis lui demande s’il aurait signé le Memorandum of Undestanding (MoU), le document établissant la liste des mesures d’austérité à prendre pour le gouvernement grec.  » En tant que patriote non. Le MoU n’est pas bon pour la population grecque « , lui aurait répondu avec cynisme le ministre allemand, amer de constater qu’Angela Merkel a fermé la porte au  » Grexit « .

Varoufakis est, lui aussi, amer de voir son premier ministre, Alexis Tsipras, assouplir sa position. Il le décrit comme  » épuisé « ,  » sous l’emprise de Merkel « ...lui aussi. Les deux hommes avaient scellé un pacte. L’économiste, qui n’est pas membre du Syriza, propose un plan : sortir des programmes d’austérité, restructurer la dette, éviter le  » Grexit « , sauf si c’est le seul moyen de ne pas capituler face à Bruxelles. Il a même préparé un système de paiement parallèle en cas de fermeture des banques ou de sortie de la zone euro. Pour Varoufakis, il est indispensable de se résigner à cette issue, au cas où. Il le rappelle sans cesse à Tsipras. Mais craint les dangers d’une sortie de la zone euro et ne peut s’y résoudre. Varoufakis multiplie les petites remarques sur  » ses tendances à la mélancolie « . Il décrit un Tsipras en proie aux doutes. Les Grecs en savent aujourd’hui quelque chose.

Seul Yanis Varoufakis, lui, n’a pas de doute. Nous non plus, ces gens sont des prédateurs.

Le 13 octobre 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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